dimanche 28 octobre 2012

Fukanzazenji de Maître Dogen

La Voie est fondamentalement parfaite. Elle pénètre tout. Comment pourrait-elle dépendre de la pratique et de la réalisation?
Le véhicule du dharma est libre et dégagé de toute entrave. En quoi l'effort concentré de l'homme est-il nécessaire ? En vérité, le Grand Corps est bien au-delà de la poussière du monde. Qui pourrait croire qu'il existe un moyen de l'épousseter? Il n'est jamais distinct de quiconque, toujours exactement là où l'on est. A quoi bon aller ici ou là pour pratiquer ?
Cependant, s'il y a un fossé, si étroit soit-il, la Voie reste aussi éloignée que le ciel de la terre. Si l'on manifeste la moindre préférence ou la moindre antipathie, l'esprit se perd dans la confusion. Imaginez une personne qui se flatte de comprendre et qui se fait des illusions sur son propre éveil, entrevoyant la sagesse qui pénètre toutes choses, joint la Voie et clarifie l'esprit, et fait naître le désir d'escalader le ciel lui-même. Celle-là a entrepris l'exploration initiale et limitée des zones frontalières mais elle est encore insuffisamment sur la Voie vitale de l'émancipation absolue. Ai-je besoin de parler du Bouddha, qui était en possession de la connaissance innée? On ressent encore l'influence des six années qu'il vécut, assis en lotus dans une immobilité totale. Et Bodhidharma, la transmission du sceau jusqu'à nos jours a conservé le souvenir de ses neuf années de méditation devant un mur.
Puisqu'il en était ainsi avec les saints d'autrefois, comment les hommes d'aujourd'hui peuvent-ils se dispenser de négocier la Voie ? Vous devez en conséquence abandonner une pratique fondée sur la compréhension intellectuelle, courant après les mots et vous en tenant à la lettre. Vous devez apprendre le demi-tour qui dirige votre lumière vers l'intérieur, pour illuminer votre vraie nature. Le corps et l'âme d'eux-mêmes s'effaceront, et votre visage originel apparaîtra. Si vous voulez atteindre l'éveil, vous devez pratiquer l'éveil sans tarder.
Pour sanzen, une pièce silencieuse convient. Mangez et buvez sobrement. Rejetez tout engagement et abandonnez toute affaire. Ne pensez pas : " Ceci est bien, cela est mal. Ne prenez parti ni pour ni contre. Arrêtez tous les mouvements de l'esprit conscient. Ne jugez pas des pensées et des perspectives. N'ayez aucun désir de devenir un Bouddha. Sanzen n'a absolument rien à voir avec la position assise ou la position allongée. A l'endroit où vous avez l'habitude de vous asseoir, étendez une natte épaisse et placez un coussin dessus. Asseyez-vous en lotus ou bien en demi-lotus. Dans la posture du lotus, vous placez d'abord votre pied droit sur votre cuisse gauche, et votre pied gauche sur votre cuisse droite. Dans la posture du demi-lotus, vous vous contentez de presser votre pied gauche contre votre cuisse droite. Veillez à desserrer vos vêtements et votre ceinture, arrangez-les convenablement. Placez alors votre main droite sur votre jambe gauche et votre main gauche (tournée vers le haut) sur votre main droite ; les extrémités des pouces se touchent. Asseyez-vous bien droit, dans l'attitude corporelle correcte, ni penché à gauche, ni penché à droite, ni en avant, ni en arrière. Assurez-vous que vos oreilles sont dans le même plan que vos épaules et que votre nez se trouve sur la même ligne verticale que votre nombril. Placez la langue en avant contre le palais ; la bouche est fermée, les dents se touchent. Les yeux doivent rester toujours ouverts, et vous devez respirer doucement par le nez. Quand vous avez pris la posture correcte, respirez profondément une fois, inspirez et expirez. Inclinez votre corps de droite et de gauche ; et immobilisez-vous dans une position assise stable.
Pensez à ne pas penser. Comment pense-t-on à ne pas penser ? Au-delà de la pensée (hishiryo). Cela en soi est l'art essentiel du zazen.
Le zazen dont je parle n'est pas l'apprentissage de la méditation, il n'est rien d'autre que le dharma de paix et de bonheur, la pratique-réalisation d'un éveil parfait. Zazen est la manifestation de l'ultime réalité. Les pièges et les filets ne peuvent jamais l'atteindre. Une fois que vous avez saisi son cœur, vous êtes semblable au dragon quand il entre dans l'eau et semblable au tigre quand il pénètre dans la montagne. Car il faut savoir qu'à ce moment précis (quand on pratique zazen), le vrai dharma se manifeste et que, dès le début, on écarte le relâchement physique et mental, et la distraction. Quand vous vous relevez, remuez doucement et sans hâte, calmement et délibérément. Ne vous relevez pas subitement ou brusquement. Quand on jette un regard sur le passé, on s'aperçoit que transcendance à la fois de l'éveil et du non-éveil, que mourir assis ou debout, ont toujours dépendu de la vigueur du zazen.
En outre, l'ouverture à l'éveil dans l'occasion fournie par un doigt, une bannière, une aiguille, un maillet, l'accomplissement de la réalisation grâce à un chasse-mouches, un poing, un bâton, un cri, tout cela ne peut être saisi entièrement par la pensée dualiste de l'homme'. En vérité, cela ne peut pas davantage être connu mieux par l'exercice de pouvoirs surnaturels. Cela est au-delà de ce que l'homme entend et voit -- n'est-ce pas un principe antérieur aux connaissances et aux perceptions? Cela dit, il importe peu qu'on soit intelligent ou non. Il n'y a pas de différence entre le sot et l'avisé.
Quand on concentre son effort d'un seul esprit, cela, en soi, c'est négocier la Voie. La pratique-réalisation est pure par nature. Avancer est une affaire de quotidienneté. Dans l'ensemble, ce inonde et les autres, à la fois en Inde et en Chine, respectent le sceau du Bouddha. La particularité de cette école prévaut : dévotion à la méditation assise tout simplement, s'asseoir immobile dans un engagement total. Bien que l'on dise qu'il y a autant d'âmes que d'hommes, tous négocient la Voie de la même manière, en pratiquant zazen.
Pourquoi abandonner le siège qui vous est réservé à la maison pour errer sur les terres poussiéreuses d'autres royaumes'? Un seul faux pas, et vous vous écartez de la Voie tracée toute droite devant vous. Vous avez eu la chance unique de prendre forme humaine. Ne perdez pas votre temps. Vous apportez votre contribution à l'œuvre essentielle de la Voie du Bouddha. Qui prendrait un plaisir vain à la flamme jaillie du silex ?
Forme et substance sont comme la rosée sur l'herbe, la destinée semblable à un éclair - évanouies en un instant. Je vous en prie, honorés disciples du Zen, depuis longtemps habitués à tâter l'éléphant dans l'obscurité, ne craignez pas le vrai dragon. Consacrez vos énergies à la Voie qui indique l'absolu sans détours. Respectez l'homme réalisé, qui se situe au-delà des actions des hommes. Mettez-vous en harmonie avec l'illumination des Bouddhas ; succédez à la dynastie légitime du satori des patriarches. Conduisez-vous toujours ainsi, et vous serez comme ils sont. Votre chambre au trésor s'ouvrira d'elle-même, et vous en userez comme bon vous semblera. 
 Eihei Dogen (1200.1253)

jeudi 18 octobre 2012

NOUVEAU LIEU DE PRATIQUE À TOULOUSE !

Pratique de l'Assise silencieuse, ZAZEN, tous les mardi soir à 20h,
à partir du 6 novembre 2012.

Lieu de Pratique : La Mane, 9 avenue de Lagarde, 31130 Balma

Pour toutes informations, vous pouvez me contacter au 06 09 86 37 96



La pratique de zazen du mardi soir sur Albi sera décalée au mercredi soir,
le jeudi matin est inchangé.



mercredi 12 septembre 2012

C'est la rentrée !!!

Les zazen ont repris !
Attention les jours de pratique changent :
les mardi à 19h45 
& les jeudi à 8h15

Je vous souhaite une très belle rentrée et vous poste un poème de mon maître :

"Dans la lune de l'Esprit,
Nulle part où demeurer.
Les nuages voguent, ne sachant
Ni le sud ni le nord,
Tout comme l'homme véritable
Ignore la sagesse et a mis fin
Aux expériences et à l'étude.
Pour la montagne majestueuse,
Ni bien ni mal.
Tandis que les hommes s'agitent
En tous sens au gré des circonstances,
D'autres sont enchaînés par la passion
Des Bouddhas et des rituels.
Quel principe nous oblige,
Quelle loi nous force ?
En créant toutes sortes d'artifices
Pour atteindre le Bouddha,
l'homme ne fait qu'ajouter de l'eau
A l'eau !"

Extrait du livre "La vision pure" de Kaisen . Ed. Accarias L'originel

 

Photo du petit temple, Jardins des Martels . Tarn. Juin 2012

jeudi 19 juillet 2012

Pratique de zazen

Le temps des retraites d'été au temple Ho Sho Ji commence,
et un peu de vacances aussi en suivant.
Les zazen à Albi reprendront donc le jeudi 6 septembre 2012 à 19h45.
Un deuxième zazen hebdomadaire a été demandé,
nous en déterminerons ensemble le jour et l'heure à la rentrée.
Passez un bel été !!!!

lundi 10 octobre 2011

L'INTERDÉPENDANCE . texte de Sando Kaisen

Bambous dans la pluie et le vent
Xiang Hong

L’homme et toutes les existences ont besoin de la terre pour se tenir debout. Les animaux et les hommes peuvent se déplacer et la montagne se dresser. La terre et les êtres sensibles ont besoin du soleil, de la lumière et de la chaleur. Terre et soleil sont précieux, sans eux, la vie n’est pas possible.
Il y a l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons. Il y a la terre qui tourne pour nous donner le jour et la nuit et surtout la nourriture dont les êtres sensibles ont besoin. 
Lune et soleil sont une paire d’existants sans lesquels nous ne serions pas en vie.
Il y a la pluie rafraîchissante, la neige, les nuages protecteurs, les innombrables étoiles et planètes, le caillou sur le chemin, le sable, les lacs et les rivières, les torrents, les océans.
Il y a ce corps qui me porte et ces milliards d’existants qui constituent ma forme.
Partout, il y a l’esprit et partout la vie me remplit.
Il y a le boulanger qui me nourrit, le pompiste qui me sert, et il y a tous ceux que je côtoie. Il y a nos parents sans qui nous ne serions pas là.
Mais s’il en est ainsi pour tous ceux qui me font vivre, j’ai moi aussi une grande influence sur tous les existants. Je dépends de tous et tous dépendent de moi. Même la lune, le soleil, les étoiles et le pompiste.
Il y a cette chose que nous oublions chaque jour de notre vie et qui est l’interdépendance.
L’interdépendance nous met en interrelation avec toutes choses.
Aussi, les autres dépendent de la relation que j’ai avec toutes les choses. L’action des trois corps : la pensée, la parole et l’action entre systématiquement en relation avec tous les existants.
Devant l’Essence du monde, je ne puis me cacher ni cacher mes pensées, mes paroles ou mes actions. Et quand je regarde le caillou, celui-ci me regarde. Ne pensez pas le contraire.
Dans le miroir de l’Esprit, tous les phénomènes se reflètent exactement.
On ne peut parler d’interdépendance ou d’interrelation sans parler de l’impermanence.
Sachant que toute apparition conditionne la disparition, nous devons comprendre que chaque existant a un début et une fin, qu’il possède une durée d’existence qui est régie par les lois de la causalité et de la temporalité.
Ainsi, l’interdépendance, l’interrelation, l’impermanence, la loi de causalité et la temporalité ne peuvent être séparées. Tout cela n’est rien d’autre que l’Essence du monde et l’Essence du monde n’est rien d’autre que le Soi-même.
Le Soi-même, c’est vous dans votre vie quotidienne.
C’est votre interdépendance avec vous-même et les autres. Même si les autres ne sont pas moi, je suis les autres. Aussi ma vie n’existe-t-elle pas en dehors des autres.
Toutes mes actions, paroles et pensées doivent donc être tournées vers autrui. Car, tournées vers moi-même, elles deviennent limitées à un petit être individualiste, souffrant, malheureux et perdu.
Si vous comprenez l’Essence, vous vivrez éternellement heureux.
Aussi zazen est-il très important. Zazen signifie : s’asseoir en l’Essence même de tous les
existants.

jeudi 8 septembre 2011

L'acceptation . Sando Kaisen

C’est une pratique qui demande beaucoup de lucidité et de présence car elle prend notre égo à rebrousse poil, en lui apprenant à accepter l’inacceptable et à donner ce qu’il refuse de donner.
Elle nous demande d’accepter d’être exposé à l’irritation et à l’indésirable, d’accepter ce à quoi nous dirions habituellement «non».
Mais il s’agit aussi d’accepter intérieurement les côtés obscurs de nous-même que nous n’avons pas envie de reconnaître. Nous devrions accueillir le côté pénible de la situation plutôt que de le refuser et de lutter contre lui. Si, face à une situation pénible, on commence à accepter, sans réagir à priori impulsivement, on introduit une pause dans la situation. Elle est un espace qui permet de mieux la sentir. C’est à partir de cette perception qu’il devient possible d’y répondre plus justement.
En acceptant, on se laisse ainsi pénétrer par la situation à priori inacceptable ou non désirée.
L’inacceptable pénètre jusqu’au plus profond de nous-même. C’est une acceptation sans réserve. Il n’y a pas de «oui, mais...». On est complètement exposé, transparent, et l’on abandonne la lutte et le rejet.
Ensuite, s’accepter soi-même signifie reconnaître sa vraie nature comme étant un «chapelet de mirages» dépourvu de réalité intrinsèque. De se glisser à l’arrière-plan de son être et de regarder cet inacceptable comme n’étant qu’un phénomène dont je ne suis pas l’auteur.
Comme tout phénomène, cet inacceptable a sa propre existence mais je ne suis pas cela.
Percevant cela, l’inacceptable se dissout de lui-même pour ouvrir le champ de la compassion infinie.
Accepter ne signifie pas «subir», mais accepter l’apparition de ce genre de phénomène comme étant une manifestation de la nature même des choses.
Les choses sont ce qu’elles sont mais je ne suis pas ces choses. Se tenant à l’arrière-plan, je peux alors, avec compassion, regarder ces souffrances et ne pas les entretenir, ne pas les nourrir.
Seule l’acceptation totale pourvue de l’Oeil de l’Éveillé met fin au pouvoir du «subir», de «l’endurement» et de la «douleur».

Sando Kaisen
 

mercredi 7 septembre 2011

La Poésie, Chant du monde


La poésie est partage, échange, expression, qu’elle soit sous forme de langage, d’écriture,
de musique ou bien de peinture ou même cuisine, jardinage, art de faire des
bouquets …
S’allonger, marcher, s’asseoir : la poésie est en toute chose.
Elle fait appel au coeur même des phénomènes, elle est l’expression avant la réflexion.
Elle fait vibrer corps et esprit.
C’est en cela qu’elle touche et qu’elle semble bien souvent mélancolique.
Mélancolie au delà de toute forme de tristesse, mélancolie car chant indicible et mystérieux.
Les hommes, à la recherche de la perfection des sens, ont établi des règles de poésie
afin de s’y approcher au mieux. L’équilibre, le rythme, les images, les sons, les
odeurs, saveurs doivent faire appel au coeur plutôt qu’à la raison et faire vivre en
chaque être la beauté de l’émotion dans sa simplicité.
En cela le chant de la nature ainsi que la nature des êtres est poésie.
Bien sûr en littérature par exemple il existe d’autres formes d’expression qui touchent,
mais elles touchent parce que faisant appel à une histoire ou des situations
particulières, à la mémoire. C’est une émotion différente, déformée par le filtre de la
raison.
En ce qui concerne la poésie, c’est la forme poétique elle-même qui touche. Quel
qu’en soit le sujet, le thème, les associations, la forme, elle est le coeur même des
phénomènes. Étant le coeur des phénomènes, tous
les êtres en sont touchés inconsciemment, naturellement.

L’oiseau feu glisse au dessus des flots secrets,
Silhouette sans nom jouant en mille reflets.

 
Observant amusé ces ombres ballerines,
Le poisson lune repose dans la quiétude marine.

 
Où est le sage ?
Chant du monde !
Où est le non sage ?
Chant du monde !

Ji Yu Ni